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Quand Kery James a décidé de ne plus sortir les violons

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ALINE BUREAU

Par Stéphanie Binet

Publié le 27 juillet 2020 à 00h18 – Mis à jour le 28 juillet 2020 à 11h16

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RécitCrises mystiques d’artistes (1/6). Converti à l’islam en 1999, le rappeur proscrit pendant un temps de ses enregistrements les instruments à vent et à cordes.

Avant de porter le béret des Black Panthers comme dans son dernier clip, Blues, Kery James a été pendant quelques années un adepte de la calotte du musulman pieux. Né en Guadeloupe, le rappeur, coréalisateur du film Banlieusards, diffusé sur Netflix, et auteur de la pièce de théâtre A vif, s’est converti à l’islam à l’âge de 22 ans.

Sa foi a alors pris toute la place dans sa musique, mais aussi dans sa vie sociale. Son changement d’attitude à l’égard du genre qui l’a fait connaître a été brutal. En 1999, cette figure de proue d’un rap de rue hardcore, avec son groupe Ideal J et son collectif Mafia K’1 Fry, passe à un militantisme moralisateur, qui condamne, entre autres, la consommation de haschich et décrète que la nouvelle génération est la honte des parents (l’album Si c’était à refaire en 2001).

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Kery James est un des plus anciens rappeurs français en activité, car il est celui qui a commencé le plus tôt sa carrière. En 1991, âgé de 14 ans, il figure déjà sur le premier album de MC Solaar, Qui sème le vent récolte le tempo, et entonne sur Ragga Jam : « Je ne veux pas faire la guerre pour un morceau de terre. » A 15 ans, il enregistre avec Ideal J un premier mini-album, La vie est brutale. Il a 18 ans seulement quand il publie un des plus beaux textes écrits sur les cités, Le Ghetto français, dans l’album O’riginal MC’s sur une mission.

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Seulement, Alix Mathurin – son nom à l’état civil – continue de côtoyer les « dealers de shit » de son quartier à Orly (Val-de-Marne), ceux-là mêmes dont il racontait le quotidien dans Le Ghetto français. En 1999, un de ses proches, Las Montana, est assassiné par d’autres trafiquants dans des circonstances sordides. Ideal J donne un de ses derniers concerts le 11 juin, jour de l’enterrement. « Pour moi, c’était un signe, dira Kery James au quotidien Libération en décembre 2001, j’enterrais un ami et ma carrière. »

Ne plus être associé à son passé

A partir de là, il décide d’arrêter la musique pour se consacrer à la « science de la religion » et s’y implique avec la même rigueur et la même exaltation. Encouragé par ses proches, ses producteurs et le label indépendant Alariana, Kery James se laisse convaincre « d’utiliser la force médiatique du rap pour le changer » et publie donc, en 2001, son premier album solo, Si c’était à refaire. « Je voudrais qu’on arrête de décrire une situation mauvaise, explique-t-il alors, sans essayer d’indiquer des voies, de prendre parti. Je veux pousser ceux qui m’écoutent à se responsabiliser»

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